BIOGRAPHIE

Delphine Epron vit et travaille à Paris. Après avoir obtenu un diplôme de l’école Esmod et quelques années dans l’univers du Prêt-à-Porter de luxe, la nécessité de la peinture la conduit à se former à l’école d’Art Françoise Conte, où elle obtient un diplôme de création textile. Elle poursuit sa formation de peintre dans l’atelier de Martin Bissière aux ateliers Beaux-Arts de la ville de Paris.

Son travail a été présenté aux Salons de Peinture de St Grégoire, des Réalités Nouvelles, de Montrouge et récemment de Charenton ainsi qu’au Salon du dessin érotique Salo. Elle collabore également à de nombreux projets artistiques tels l’élaboration de la Nef Végétale, œuvre monumentale de Juliette et Jacques Damville au Château de Mesnières en Seine Maritime, l’exposition/collection « l’Atelier de l’Ange » avec les créateurs Zhen & Mossi. Elle a participé au Festival de Land Art de Cannes, à l’exposition Mixété à la Galerie Téodora et présente son travail lors des Portes Ouvertes des Ateliers de Belleville ainsi qu’à Turin et Valence, et en Lituanie.

Elle a crée le festival « Extraordinaires Objets de l’Ordinaire » en partenariat avec La Petite Rockette, l’Espace Abstract Project, la Galerie des AAB, la Villa Belleville et la MPAA Breguet à Paris.

Mise à jour juin 2021




LA FIANCEE DU CHAOS

Elle peint. Elle dit que sa peinture est une métaphore de la violence qu’elle ressent.

Elle ne peint ni voiture brûlée, ni scène de guerre, ni autre vision trash de notre humanité qui n’en finit pas de se contenter d’être mélancolique... Non ! Elle peint.

Sa peinture est abstraite. La peinture par essence, c’est abstrait, car la peinture, c’est ce que le peintre représente non du monde, mais de ce qu’il ressent de ce qu’il voit... Que voit Delphine Epron ? Un chaos. La terre dans ses lignes de niveau de cartes topographiques – l’IGN mécène ? – la terre dans ses couches géologiques, la terre qu’un volcan crache, oui le magma, la terre pleine de sel, avec des marais salants évoqués d’un quadrillage, comme un code...

Son chaos ne fait pas peur, non qu’il soit « mode », le chaos ne peut pas être à la mode, presque par définition... Oui, la mode est une manière de se divertir pour échapper au chaos. Son chaos est poétique, océan de couleurs, de vagues de matière qui déferlent les unes sur les autres... Pour le construire, elle a regardé celui des autres...

Des peintres comme Kirkeby et Traquandi, dont elle parle et montre des reproductions d’œuvres avec le calme de celle qui sait bien qu’elle ne se trompe pas avec eux, ni ce qu’elle leur doit. Même si sa peinture n’est en aucun cas une imitation de ce qu’ils font, l’un ou l’autre. Non, l’inspiration est profonde. Oui, construire son chaos. Il ne s’agit pas de laisser une énergie vous traverser et d’espérer qu’elle aille au bout du bras dans la main qui tient le pinceau et s’exprime... Et puis quoi encore ? Ça, c’est le cri primal. Un artiste dépasse ce stade, comme un comédien cisèle son émotion.


Delphine Epron, qui est aussi menue que ses tableaux sont puissants, canalise la sienne, et lorsqu’elle vous parle – d’une voix forte - de son travail, ne l’embêtez pas trop pour qu’elle vous l’explique, même si elle est très gentille, car un(e) artiste n’a pas à expliquer son œuvre. Elle l’a faite, la fait, la fera...

Delphine Epron fait des grands et des petits formats, comme des morceaux des grands. Préférez les grands. Le chaos, ça n’existe qu’en grand. C’est un plongeon dans la matière. Un regard sur quelque chose qui ne fait que nous échapper, que nous voyons apparaître, et à nouveau s’enfouir à l’intérieur de nous-mêmes. Un regard sur notre âme.

Bruno de Baecque
Mars 2010
Démarche

Je puise dans ma mémoire des souvenirs d’espaces parcourus et donne à voir une imbrication de géographies et de paysages, des architectures de mondes réinventés qui s'intègrent les uns aux autres.

Le dessin, la gravure et la peinture coexistent, se fondent et s’assemblent au travers de motifs récurrents, botaniques, minéraux et paysagers.

Au premier regard, le vocabulaire singulier des fleurs et des végétaux est aimable pourtant, peu à peu, s’immisce quelque chose de troublant, une inquiétude latente et sournoise.

Je ne cherche pas à reproduire une image telle quelle mais préfère m’en remettre au souvenir, à l’émotion d’une atmosphère. Il n’y a aucune stratégie de ma part.

Les images que je cherche sont à la fois réelles et fantasmées, dans un entre-deux, entre équilibre et déséquilibre, attirance et répulsion. Je cherche les contrastes, le noir et blanc illuminés par la couleur, le dessin méticuleux juxtaposé à l’énergie sensuelle de la peinture.

Ce qui m’intéresse c’est de m’approprier des éléments végétaux et organiques pour incarner et mettre en scène, dans une sorte de va et vient entre le souvenir et le temps présent, le monde qui nous entoure dans un langage à la fois énigmatique et poétique.


Delphine Epron
juin 2021


Atelier Ecriture 21 juillet 2018 avec Laurence Verdier
Atelier En Roue Libre


L'Apocalypse est Naissance

J’avais un sentiment d’harmonie bien que les choses de ce monde semblaient être dissociées les unes aux autres. Les végétaux gigantesques se transformaient sans cesse ; le sable en roche, et l’eau en matière. A des rythmes variés, le paysage se métamorphosait.

J’avançais sans crainte, ni du noir ni des changements soudains du décor. J’étais suspendue. Une chose en était une autre. Je n’avais pas besoin de parler, les éléments et moi nous n’étions qu’un. Un éternel mouvement chaud et froid. J’étais la fleur émiettée et le pigment qui fait jaillir la source.

Je n’avais pas oublié que j’étais venue en tant qu’ingénieure cyber galactique. J’étais là et j’allais trouver le chemin du retour sans le chercher. Les éléments m’accompagneraient.

Maria Medori


Lire le tableau

Où est donc le chemin
Issu de droit divin ?
Que me veut cette voix
Qui me laisse en émoi ?

J’ai chaud, j’ai froid
Devant le jour qui ploie.
Je me sens habitée
Par des graines germées.

Comment pousse le bois ?
Et que deviens le brun,
Quand le jaune exagère
Et chante sa colère ?

Ce bleu venu d’hier
Irradie sa lumière,
La nuit qui s’est bâtie
Nous laisse sans ami.

Cent parcelles explosées
Finissent de pailleter
Un socle d’univers.

Le pantin s’évapore
Et notre œil dit encore !



Je déménage !

Qu’est ce qui m’a pris de m’embarquer dans cette nouvelle conquête ?

Penser à se réciter le poème et marcher pour avancer. Puisque je n’ai pas le choix, l’errance va devenir mon maître. Puisque le mouvement doit devenir une étrange mécanique, je vais devenir l’artisan d’une autre mobilité.

Comment vous dire ? Je suis en ballade entre plusieurs mondes et différentes réalités. Il y a le cyberespace et l’intergalactique mais aussi la couche fine du crayon entre le papier et les pigments collés. Il y a le rythme que mesurent mes pas et l’activité forcenée de mon cerveau pour habiter les rêves. Car souvent les couleurs s’en mêlent. De larges espaces s ‘ouvrent, se déchirent et se reconstituent. Ces étranges harmonies me font croire que je suis au milieu du vide mais aussi au centre de ce carré si petit où le jaune s’est installé. Pourtant je n’y suis pas, vu que je marche dans un paysage métamorphosé par le récit de chacune.

Je suis dans vos histoires : dans la comptine qui libère les rires et les pigments, dans l’avancée inter galactique qui engage notre avenir et dans la sensation qui m’entraine claudiquant au bout des chaos du chemin. C’est une danse, une nouvelle cadence à cinq temps ou à mille temps. Un univers de sons en somme absolue.

Je déambule et gigote tel un pantin désarticulé pour, ici, contourner un verbe, là, dépasser une sensation et encore plus loin travailler un écho. Ces montagnes d’écriture me portent vers une jubilation enthousiaste, vers un peut-être habité de couleurs, de sensations et de vents. C’est sur la crête, tout en haut que ça tangue parfois. Mais ça devient un chemin parce que les mots m’entrainent et que la marche me porte vers ailleurs. Ce qui me plait le plus c’est de rester mobile, sur le qui-vive dans vos histoires tout en vivant les miennes. J’y suis si bien, que je vais, sans doute, y rester et m’y installer !

Ervasel, le 23 juillet 2018
Florence Lesavre